En finir avec les idées reçues sur la dette publique

Le 28 janvier 2021 a eu lieu un débat en ligne des auteurs français* de « La dette publique. Précis d’économie citoyenne » présenté par les Économistes Atterrés. La TACAE y a assisté et vous offre un résumé simple sous forme de questions/réponses :

Est-ce qu’on naît avec une dette publique, comme un fardeau pour les générations futures ?

Non, la dette publique ne se rembourse jamais vraiment. L’état emprunte de nouveau pour financer le budget suivant (en comptabilité : « les passifs et les actifs »). Au contraire ! En France, on naît avec un capital, avec des services publics et un héritage avec intérêts. La dette publique est un outil nécessaire et utile, malgré les crises économiques et les conséquences de la pandémie mondiale (pénuries, diminution du travail et du financement, etc.) pour, par exemple, offrir des services sociaux, lutter contre le chômage, aider les plus démunis, etc. Il est important de ne pas reprendre de politiques d’austérité comme dans le passé. Il y a d’autres solutions comme revoir la fiscalité pour la rendre plus progressive (davantage d’échelons), taxer les plus riches et les grosses entreprises ou emprunter directement auprès des plus riches.

Quels sont les indicateurs et comment mesurer de la dette ?

Pour le moment, c’est le produit intérieur brut (PIB). En ce moment en France, le PIB est à 120 %, c’est-à-dire que ça prendrait plus d’une année pour rembourser. L’indicateur n’est pas fiable à long terme. Il faudrait trouver un meilleur moyen pour mieux mesurer le poids de la dette publique. La « charge d’intérêts » est le vrai coût de la dette publique. En France, ces intérêts diminuent depuis 10 ans. On est de plus en plus endetté, mais ça nous coûte moins cher. Le ratio utilisé pour calculer la dette publique est : charge d’intérêts/PIB = dette publique.

Existe-t-il des inégalités face aux marchés financiers ?

Oui. Ce sont les conditions de financement de l’État sur les marchés financiers privés (les banques) qui crée des endettements. C’est l’« épargne libre ». C’est-à-dire quand les gestionnaires de comptes décident et jugent personnellement les taux d’intérêt qu’ils appliqueront aux différents pays. Cela crée des inégalités entre les pays (ex. : La Grèce a obtenu un moins bon avantage financier par rapport à l’Allemagne). Ces gestionnaires de comptes n’ont pas comme objectif de réduire les dettes ou de favoriser le bien commun.

Cela crée des difficultés pour financer les services sociaux, la santé, la transition écologique, etc. Cela crée également de la dette inutile avec des intérêts qui enrichissent les plus nantis. La solution serait de sortir de la dépendance aux marchés financiers en offrant des alternatives à ce type de financement (ex. : le guichet de la Banque centrale et non les banques privées). Il s’agit de ne pas laisser trop de libertés aux gestionnaires de comptes et créer des caisses d’épargne ou banques publiques pour financer la dette publique.

Quel type de politique budgétaire pour une transition écologique ?

Les 10 % les plus riches génèrent le plus de GES. Ils polluent 40 fois plus que les plus pauvres. La politique budgétaire doit être mise de l’avant pour financer les services sociaux, de santé, favoriser l’environnement et réduire les inégalités. Il s’agit donc de faire de la politique budgétaire le moteur de la transition écologique afin de réduire le CO2, augmenter des emplois locaux, qui sont non délocalisables, et développer une société basée sur le bien commun.

Qui possède la dette ? À qui bénéficie-t-elle ?

Ce sont ceux qui possèdent l’épargne, c’est-à-dire que les plus riches prêtent l’argent à l’État. En France, plus de 50 % sont des non-résidents du pays. Il est donc impossible de recourir à la fiscalisation !

Est-ce qu’il est possible de financer une société plus juste ?

Oui, c’est possible, si les politiques publiques ne tendent pas vers la croissance économique, mais vers la transition écologique et la mise en avant du bien commun. Il est crucial de sortir du néolibéralisme.

Que faire de la dette COVID19 (20 % de plus) ? L’annuler ?

Non. Il est prioritaire de se concentrer sur la réforme fiscale, au financement des marchés et aux autres solutions afin de changer le système économique en désobéissant aux traités de l’Union européenne.

Est-ce qu’on devrait créer de la nouvelle monnaie pour financer la dette publique ?

Il faut faire attention, car quand on crée de la monnaie, il est possible de créer de l’inflation qui toucherait l’ensemble de la population. Il y a un choix politique à faire entre laisser les marchés financiers faire de l’épargne libre (ex. : « juger que l’Allemagne est plus solide que la Grèce ») ou orienter les politiques vers la transition écologique.

Que faire avec la dette publique des pays en voie de développement ?

La dette publique n’a pas le même effet partout. Les pays en voie de développement remboursent avec leur monnaie, alors c’est plus facile à rembourser, car les montants sont moins élevés. L’annulation de la dette publique est appropriée pour ces pays, car il y a généralement moins de systèmes publics sociaux en place. Les pays industrialisés, eux, remboursent en devises, donc la dette coûte plus cher à rembourser.

Conclusion résumée des participants :

Ne surtout plus retomber dans des politiques d’austérité, car ce serait catastrophique !

*Éric Berr (université de Bordeaux), Léo Charles (université Rennes 2), Arthur Jatteau (université de Lille), Jonathan Marie (université Sorbonne Paris Nord) et Alban Pellegris (université Rennes 2), membres des Économistes Atterrés et auteurs de « La dette publique. Précis d’économie citoyenne », Paris, Seuil, 2021.

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